Au début, il y a une petite fille,
née un jour de neige, en 1980.
Un samedi, si vous voulez tout savoir.
Un samedi férié, même.
Je vous laisse une seconde pour apprécier l'ironie de la chose.
Aussi fascinant soit-il, ce sujet n'est pas celui qui nous préoccupe.
En revanche, un petit bond dans le temps d'environ 25 ans devrait suffire.
Laissons derrière nous les études littéraires, artistiques et autres langages...
Et retrouvons nous ce soir de printemps 2005, à Alexandria aux États-Unis,
quand l'argile entre dans ma vie pour la première fois.
En un instant, tout se retrouve balayé.
De cette remise à zéro naîtront de nouveaux défis,
de nouvelles rencontres et une foule d'expériences.
Car, au fond, c'est avec cet infini champ des possibles que l'argile me séduit.
Tout reste toujours à explorer.
Chaque expérimentation est comme un nouvel univers, recelant mille trésors.
Mon insatiable curiosité, ma recherche de sens, ma volonté d'expression,
tout,
elle accueille tout.
Elle transforme tout.
Entre 2005 et 2010, c'est le début de l'aventure.
Après 6 mois d'apprentissage aux côtés de Grégoire Heitzmann,
j'installe mon premier atelier à Paimpont, en forêt de Brocéliande.
Ma curiosité s'attaque aux différents états de la terre
et je travaille beaucoup sur les engobes et les décors en relief.
Pendant les cinq années suivantes, je vais affiner mon approche du design
et surtout celle de la relation entre la forme et le décor qu'elle porte.
Je privilégie les décors figuratifs, principalement issus de l'art nouveau
et d'une esthétique japonisante.
Par un heureux accident,
je commence aussi à m’intéresser à la technique du Kintsugi.
A partir de 2015, un autre virage s'amorce.
J'abandonne la cuisson au gaz pour les cuissons au bois.
Pendant que je délaisse peu à peu le décor,
mon amour pour la collecte de terres naturelles grandit.
Mon dialogue avec la matière s'intensifie et elle prend de plus en plus de place.
C'est dans cette période aussi que je commence à donner
mes premiers workshops sur le design en céramique.
Entre 2020 et aujourd'hui, toute mon attention se tourne vers le feu
et cette cuisson si spéciale
qui permet de rester au plus près de l'état naturel de l'argile.
J'essaie des cuissons en phoenix,
en anagama, puis en train kiln.
Jusqu'à construire un train kiln
et travailler quasiment essentiellement avec des matières récoltées.
Sur ce chemin,
dans cet incessant dialogue,
je n'ai de cesse de chercher ce qui donnera le plus de sens à ma présence.
Par sa sobriété et son honnêteté sans détours,
l'argile murmure des réponses longtemps espérées.
Et j'ai bien l'intention de continuer de l'écouter.